
LETTRE
ENCYCLIQUE
CARITAS IN VERITATE
SUR
LE
DÉVELOPPEMENT HUMAIN INTÉGRAL
DANS
LA CHARITÉ ET DANS LA VÉRITÉ
Nous
donnons ici un extrait de l'Encyclique du Pape; on
pourra trouver l'intégralité du texte
dans les
Messages
de Sa Saintété le Pape Benoît
XVI
La
charité est la voie maîtresse
de la doctrine sociale de l’Église.
Toute
responsabilité
et tout engagement définis par cette doctrine sont
imprégnés de l’amour qui,
selon l’enseignement du Christ, est la synthèse de
toute la Loi (cf. Mt 22,
36-40). L’amour donne une substance authentique à
la relation personnelle avec
Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des
micro-relations:
rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais
également des
macro-relations: rapports sociaux, économiques, politiques.
Pour l’Église –
instruite par l’Évangile –,
l’amour est tout parce que, comme l’enseigne saint
Jean (cf. 1 Jn 4, 8.16) et comme je l’ai
rappelé dans ma première Lettre
encyclique, « Dieu est amour » (Deus
caritas est): tout provient de
l’amour de Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers
lui. L’amour
est le don le plus grand que Dieu ait fait aux hommes, il est sa
promesse et
notre espérance. (…)
Dans les
domaines
social, juridique, culturel, politique, économique,
c’est-à-dire dans les
contextes les plus exposés à ce danger, il
n’est pas rare qu’elle soit
déclarée
incapable d’interpréter et d’orienter
les responsabilités morales. De là,
découle la nécessité de conjuguer
l’amour avec la vérité non seulement
selon la
direction indiquée par saint Paul: celle de la «
veritas in caritate » (Ep 4,
15), mais aussi, dans celle inverse et complémentaire, de la
« caritas in
veritate ». La vérité doit
être cherchée, découverte et
exprimée dans l’ «
économie » de l’amour, mais
l’amour à son tour doit être compris,
vérifié et
pratiqué à la lumière de la
vérité. Nous aurons ainsi non seulement rendu
service à l’amour, illuminé par la
vérité, mais nous aurons aussi
contribué à
rendre crédible la vérité en en
montrant le pouvoir d’authentification et de
persuasion dans le concret de la vie sociale. Ce qui,
aujourd’hui, n’est pas
rien compte tenu du contexte social et culturel présent qui
relativise la
vérité, s’en
désintéresse souvent ou s’y montre
réticent.
Par son lien
étroit avec la
vérité, l’amour peut être
reconnu comme une expression authentique
d’humanité
et comme un élément d’importance
fondamentale dans les relations humaines, même
de nature publique. Ce n’est que dans la
vérité que l’amour resplendit
et qu’il peut être vécu avec
authenticité. La vérité est une
lumière qui donne
sens et valeur à l’amour. (…)
La
vérité libère
l’amour des étroitesses de
l’émotivité qui le prive de contenus
relationnels et
sociaux, et d’un fidéisme qui le prive
d’un souffle humain et universel. Dans
la vérité, l’amour reflète
en même temps la dimension personnelle et publique
de la foi au Dieu biblique qui est à la fois « Agapè
» et « Lógos
»: Charité et Vérité, Amour
et Parole. (…)
La
charité est amour reçu et
donné. Elle est « grâce
» (cháris). Sa source est
l’amour
jaillissant du Père pour le Fils, dans l’Esprit
Saint. C’est un amour qui, du
Fils, descend sur nous. C’est un amour créateur,
qui nous a donné l’existence;
c’est un amour rédempteur, qui nous a
recréés. Un amour
révélé et
réalisé par
le Christ (cf. Jn 13, 1) et «
répandu dans nos cœurs par l’Esprit
Saint
qui nous a été donné » (Rm
5, 5). Objets de l’amour de Dieu, les hommes
sont constitués sujets de la charité,
appelés à devenir eux-mêmes les
instruments de la grâce, pour répandre la
charité de Dieu et pour tisser des
liens de charité. (….)
«
Caritas in veritate » est
un principe sur lequel se fonde la doctrine sociale de
l’Église, un principe
qui prend une forme opératoire par des critères
d’orientation de l’action
morale. Je désire en rappeler deux de manière
particulière; ils sont dictés
principalement par l’engagement en faveur du
développement dans une société en
voie de mondialisation: la justice et le bien commun.
La justice
tout d’abord. Ubi societas, ibi ius :
toute société élabore un
système
propre de justice. La charité dépasse
la justice, parce qu’aimer c’est
donner, offrir du mien à
l’autre ; mais elle n’existe jamais sans la
justice qui amène à donner à
l’autre ce qui est sien,
c’est-à-dire ce
qui lui revient en raison de son être et de son agir. Je ne
peux pas « donner »
à l’autre du mien, sans lui avoir donné
tout d’abord ce qui lui revient selon
la justice. Qui aime les autres avec charité est
d’abord juste envers eux. Non
seulement la justice n’est pas
étrangère à la charité, non
seulement elle n’est
pas une voie alternative ou parallèle à la
charité: la justice est «
inséparable de la charité » ,
elle lui est intrinsèque. La justice est la
première voie de la charité ou, comme le disait
Paul VI, son « minimum », une
partie intégrante de cet amour en « actes et en
vérité » (1 Jn 3,
18)
auquel l’apôtre saint Jean exhorte. D’une
part, la charité exige la justice: la
reconnaissance et le respect des droits légitimes des
individus et des peuples.
Elle s’efforce de construire la cité de
l’homme selon le droit et la
justice. D’autre part, la charité
dépasse la justice et la complète dans la
logique du don et du pardon. (…)
L’amour dans la vérité – caritas
in veritate – est un grand défi pour
l’Église dans un monde sur la voie
d’une mondialisation progressive et
généralisée. Le risque de notre
époque
réside dans le fait qu’à
l’interdépendance déjà
réelle entre les hommes et les
peuples, ne corresponde pas l’interaction éthique
des consciences et des
intelligences dont le fruit devrait être
l’émergence d’un
développement
vraiment humain. Seule la charité,
éclairée par la lumière de la raison
et
de la foi, permettra d’atteindre des objectifs de
développement porteurs
d’une valeur plus humaine et plus humanisante. Le partage des
biens et des
ressources, d’où provient le vrai
développement, n’est pas assuré par le
seul
progrès technique et par de simples relations de convenance,
mais par la
puissance de l’amour qui vainc le mal par le bien (cf. Rm
12, 21) et qui
ouvre à la réciprocité des consciences
et des libertés.
L’Église
n’a pas de
solutions techniques à offrir et ne prétend
« aucunement s’immiscer dans la
politique des États ». Elle a toutefois une
mission de vérité à remplir, en
tout temps et en toutes circonstances, en faveur d’une
société à la mesure de
l’homme, de sa dignité et de sa vocation. Sans
vérité, on aboutit à une vision
empirique et sceptique de la vie, incapable de
s’élever au-dessus de l’agir,
car inattentive à saisir les valeurs – et parfois
pas même le sens des choses –
qui permettraient de la juger et de l’orienter. La
fidélité à l’homme exige
la fidélité à la
vérité qui, seule, est la
garantie de la liberté
(cf. Jn 8, 32) et de la
possibilité d’un développement humain
intégral. C’est pour cela que
l’Église la recherche, qu’elle
l’annonce sans
relâche et qu’elle la reconnaît partout
où elle se manifeste (…)
En chaque
connaissance et en chaque acte d’amour,
l’âme de l’homme fait
l’expérience d’un
« plus » qui s’apparente beaucoup
à un don reçu, à une hauteur
à laquelle nous
nous sentons élevés. Le développement
de l’homme et des peuples se place lui
aussi à une hauteur semblable, si nous
considérons la dimension spirituelle
que doit nécessairement comporter ce
développement pour qu’il puisse être
authentique. Il demande des yeux et un cœur nouveaux,
capables de dépasser
la vision matérialiste des événements
humains et d’entrevoir dans le
développement un “au-delà”
que la technique ne peut offrir. Sur ce chemin, il
sera possible de poursuivre ce développement humain
intégral dont le critère
d’orientation se trouve dans la force active de la
charité dans la vérité. (…)
Donné
à Rome,
près de Saint-Pierre, le 29 juin 2009, fête des
saints Apôtres Pierre et Paul,
en la cinquième année de mon pontificat.
BENEDICTUS PP. XVI
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